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Appel pour la refondation de l’école
Manifest van Franse Refondation-ecole.net


Naar aanleiding van de Franse presidentsverkiezingen lanceerde de Franse Refondation-école een manifest over de lamentabele toestand van het Franse onderwijs dat door honderden onderwijsmensen ondertekend werd.

L’école est malade

NOUS, SIGNATAIRES, appelons le futur Président de la République à une refondation de l’Ecole, tout particulièrement de l'Ecole primaire. C'est une cause nationale, qui dépasse les clivages de la vie politique.

Depuis des années, l’Ecole est malade. Ce constat, les Français le font chaque jour.

• Les enfants, à la sortie de l’Ecole primaire, maîtrisent de moins en moins bien la langue française. Beaucoup ne savent pas lire en arrivant en 6ème. Les capacités en écriture se dégradent... Tous les apprentissages de base de la langue sont sinistrés: orthographe, vocabulaire, conjugaison, grammaire et syntaxe.

• De même en mathématiques : les quatre opérations, la règle de trois, les calculs sur les fractions ou sur les unités de mesure courantes, les éléments simples de géométrie, ne sont plus maîtrisés à la sortie de l’Ecole primaire... Le raisonnement mathématique a quasiment disparu jusqu'à la fin du collège.

• L’histoire, la géographie et les leçons de choses sont aussi touchées. Les repères chronologiques essentiels de l’histoire de notre pays et les grands traits de sa géographie physique ne sont plus connus.

Les causes internes de cette dégradation sont identifiées :

• Depuis trente ans, les programmes de l’Ecole primaire se sont beaucoup appauvris sur l’essentiel, tout en affichant des ambitions démesurées sur l'accessoire. Une foule de sujets disparates, la pratique ludique des ‘nouvelles technologies’ et la multiplication des activités périscolaires (prises sur le temps scolaire) empiètent gravement sur les apprentissages systématiques, en particulier en français et en calcul, qui sont les fondements indispensables de l'instruction (on est ainsi passé, en trente ans, de 15 à 9 heures de français par semaine au CP).

• On a imposé, contre l'expérience des instituteurs, de nouvelles méthodes pédagogiques, fondées sur la ‘construction du savoir par l’élève’, qui interdisent tout enseignement explicite, structuré et progressif.

• On a dramatiquement baissé le niveau des exigences. Ainsi, au lieu de décider du passage ou non d’un élève dans la classe supérieure en fonction de son intérêt bien compris et de ses capacités à suivre, on pratique une politique de ‘flux’.

Les conséquences à long terme sont très graves :

• Le déficit des connaissances fondamentales entrave lourdement la capacité à former sa pensée et à raisonner. Attention, effort intellectuel, mémoire sont affaiblis par manque d’exercice.

• Les bases n’étant plus acquises, le travail des professeurs du secondaire devient de plus en plus difficile, voire impossible. Cette dégradation a gagné les universités, les classes préparatoires et les grandes Ecoles qui s’alarment, elles aussi, de la chute du niveau de connaissance et de maturité intellectuelle...

POUR SURMONTER CETTE CRISE, il faut réaffirmer que la mission première de l'Ecole
est l'instruction, la transmission des connaissances et l’apprentissage du raisonnement. Pour le
traduire dans les faits, il faut:

... EN PRIORITÉ, CONCEVOIR DE NOUVEAUX PROGRAMMES pour l’Ecole primaire : courts, explicites, compréhensibles par tous, ils devront fixer la liste des connaissances à enseigner obligatoirement, selon une progression régulière et méthodique. En français, mathématiques, histoire, géographie et leçons de choses, cette liste ne saurait être inférieure, par ses exigences et les horaires prévus, aux ambitions des fondateurs de l’Instruction publique.

Cette liste devra comporter notamment :

• Pour le CP (= eerste leerjaar) : l'enseignement du code alphabétique dès le début de l’apprentissage et l'entrée dans la lecture courante ; et en calcul, l'enseignement progressif et simultané des quatre opérations;

• Pour la fin de CM2 (= 4de en 5de leerjaar), tous les enseignements systématiques, directs et méthodiques permettant une pratique exacte et sûre de la langue, du calcul et des constructions géométriques : conjugaisons complètes, grammaire de phrase, vocabulaire, calcul sur les nombres entiers, décimaux, fractions. Il faut y ajouter la connaissance des principaux repères chronologiques de l'histoire de France (et d’Europe), des rudiments de géographie physique et des éléments de sciences.

RENDRE AU MAÎTRE SA LIBERTÉ PÉDAGOGIQUE, dans le cadre de nouveaux programmes riches, structurés et cohérents, et dans la mesure où elle permet une transmission efficace des connaissances. Les instituteurs et les professeurs doivent pouvoir procéder comme ils l’entendent, selon les particularités de leurs classes et les leçons de leur expérience. Les inspecteurs doivent les noter uniquement sur leurs résultats.

• La formation des maîtres doit être entièrement revue : elle doit comporter d'une part des enseignements disciplinaires très sérieux -puisqu'un bon enseignant doit d’abord dominer les savoirs qu'il transmet–, et, d'autre part, un apprentissage pédagogique, particulièrement important pour les instituteurs, reçu principalement sur le terrain auprès de praticiens expérimentés.

RÉTABLIR UN BON NIVEAU D’EXIGENCE,

en respectant le principe selon lequel un élève passe en classe supérieure seulement s'il est en état de suivre le cours avec profit (ce dont les maîtres doivent pouvoir juger sans pression d'aucune sorte). Il faut en particulier, dans une perspective de rattrapage :

• prévoir le redoublement du CP (eerste leerjaar) si la lecture n’est pas maîtrisée en fin d'année.
• instaurer un contrôle des connaissances en fin de CM2 (= einde lager onderwijs), fondé sur des épreuves comportant au moins dictée, rédaction, questions et problème d’arithmétique.

NOUS, SIGNATAIRES, affirmons que la refondation de l’Ecole est un impératif
de justice. En vidant les programmes, en abaissant les exigences, en déstructurant les enseignements, les réformes successives ont conduit à un renforcement sans précédent de la sélection par la naissance et par l'argent.. : les familles défavorisées ou non francophones sont terriblement pénalisées lorsque ce que l’on n’apprend plus à l’Ecole doit s’apprendre à la maison, ou dans des cours de soutien payants.

Laisserons-nous l’Ecole abandonner sa mission d’instruction, et des services payants se substituer à elle ? Voulons-nous mettre fin à la promotion sociale par l’Ecole ? Accepterons-nous d'entrer dans un nouvel obscurantisme ? Nous le refusons de toutes nos forces. Notre cause est trans-partisane: alter-mondialistes, libéraux, communistes, gaullistes, socialistes ou chrétiens-démocrates, croyants, agnostiques ou libres penseurs, enseignants et parents d'élèves, nous sommes rassemblés par un même attachement à l'Ecole et une même volonté : refonder l’instruction publique sur la transmission de savoirs riches, solides et cohérents, et sur la liberté pédagogique des professeurs.

Afbraak van Frans onderwijs: kritische publicaties en organisaties

In Frankrijk verschenen de voorbije jaren tientallen boeken en honderden bijdragen over de afbraak van het onderwijs. Laurent Lafforgue, een eminente Franse professor wiskunde, stelde voor om de leden van de pas opgerichte HCE (Haut conseil d’éducation) ook een aantal recente publicaties over ‘het verval van het Franse onderwijs’ te laten bestuderen en bespreken. Hij kreeg prompt zijn ontslag als lid van de HCE.

Hieronder drukken we het voorstel van Lafforgue af. Het biedt een overzicht van een aantal kritische publicaties en organisaties over de situatie van het Franse onderwijs. Op het Internet vindt de lezer veel samenvattingen en besprekingen van deze boeken en organisaties. In en bijlage drukken we het ‘woord vooraf’ af dat Lafforque schreef in het boek: “A bonne école” van J-P. Brighelli. Lafforque biedt een overzicht van de kritiek op de rampzalige gevolgen van de onderwijshervormingen van de voorbije decennia.

Boeken

Laurent Lafforgue schreef: “Pour se rendre compte de la réalité de la situation où nous sommes, je conseille très vivement à tous les membres du HCE (Haute conseil d’éducation) de lire les ouvrages suivants qui sont des témoignages d'instituteurs et de professeurs (je les ai tous lus intégralement ainsi que d'autres):
*Marc Le Bris:"Et vos enfants ne sauront pas lire...ni compter" (Stock, 2004) (témoignage d'un instituteur de campagne tranquille sur sa pratique confrontée à toutes les absurdités que l'institution impose par tous les moyens depuis des années). Un livre de pur bon sens de la première à la dernière ligne.Je pense que Marc Le Bris devrait figurer au premier rang parmi les experts que nous pourrions choisir. (Dit boek werd uitvoerig besproken in Onderwijskrant nr. 138).

Rachel Boutonnet:"Journal d'une institutrice clandestine"
(Ramsay, 2003) (journal tenu chaque jour par une stagiaire d'IUFM sur la façon dont on prétendait la former, puis première expérience d'institutrice). Dans ce livre, j'ai constaté avec intérêt que parmi toutes les formations d'IUFM que cette stagiaire a subies, la seule où on lui ait parlé du contenu de la discipline est en mathématiques. C'est une consolation, mais assez maigre.

Fanny Capel
: "Qui a eu cette idée folle un jour de casser l'école?"(Ramsay, 2004)
(témoignage d'une jeune agrégée de lettres modernes, fille d'ouvriers, enseignant en lycée et collège "bien famés" de quartiers favorisés). Où l'on apprend que même dans les lycées "bien classés" dans tous les palmarés des journaux une grande proportion des élèves ignore par exemple en quel siècle a vécu Victor Hugo...

Elisabeth Altschull
: "L'école des ego: contre les gourous du pédagogiquement correct" (Albin Michel, 2002) : témoignage d'une "réfugiée scolaire": alors que ses parents étaient américains, sa mère avait choisi de l'amener en France quand elle était enfant - il y a une quarantaine d'années - pour qu'elle y trouve un enseignement de qualité. Elle se désespère de voir l'Éducation Nationale française s'engager depuis des décennies dans le chemin de médiocrité de la majorité des écoles américaines.

Evelyne Tschirhart:
"L'école à la dérive: ce qui se passe vraiment au collège" (Editions de Paris, 2004)
(témoignage d'une enseignante d'arts plastiques en collège de quartier défavorisé)

Agnès Joste: "Contre-expertise d'une trahison: la réforme du français au lycée" (Edition des Mille et une nuits, 2002) :lecture minutieuse par un professeur de lettres des textes du ministère de l'éducation.
Collectif "Sauver les lettres": "Des professeurs accusent" (Textuel, 2001): un manifeste humaniste contre les "ultraréformistes et ultrapédagogistes" qui ont pris le pouvoir à l'éducation nationale et organisent la destruction de l'instruction publique

Guy Morel et Daniel Tual-Loizeau:"L'horreur pédagogique: paroles de profs et vérité des copies"

(Ramsay, 1999, épuisé mais qui doit pouvoir se trouver)

Jean-Paul Brighelli: "La fabrique du crétin: La mort programmée de l'école
" (Jean-Claude Gawsewitch Éditeur, 2005). C'est le dernier en date des livres de témoignage de professeurs, paru il y a deux mois. C'est un professeur de lettres (manifestement d'extrême gauche: il interprète la destruction de l'école comme l'effet d'un complot délibéré des classes dominantes "ultra-libérales". Cette interprétation est discutable, mais quand il dresse un constat de l'état de l'Ecole il sait de quoi il parle, et c'est ça qui est intéressant).
Liliane Lurçat : Je recommande aussi très chaleureusement les livres de Liliane Lurçat, une personne absolument extraordinaire et impressionnante (que j'ai eu l'occasion de rencontrer dernièrement après avoir lu ses livres et correspondu avec elle) qui a consacré toute sa vie à étudier les processus d'apprentissage des enfants dans les écoles primaires. Je recommande en particulier:
"La destruction de l'enseignement élémentaire et ses penseurs : "La première cause de l'échec à l'école"
(François-Xavier de Guibert, 2e édition, 2004)
"Vers une école totalitaire? L'enfance massifiée à l'école et dans la société"
(François-Xavier de Guibert, 2e édition, 2001)
"Des enfances volées par la télévision: le temps prisonnier"
(François-Xavier de Guibert, 3e édition 2004)

Mon avis personnel est d'ailleurs que, avec l'instituteur Marc Le Bris, Mme Lurçat est une personne que le HCE devrait faire figurer en priorité parmi les experts sur l'école primaire (bien qu'elle ait 77 ans et que j'ignore si elle accepterait). Je pense que personne en France n'a simultanément une telle connaissance concrète de l'école primaire et une telle qualité et profondeur de réflexion sur le sujet.
D'autre part, Mme Lurçat a grandi dans les années 30 dans un quartier pauvre peuplé très majoritairement d'immigrés de toutes origines. Elle peut rappeler ce qu'était à l'époque une école républicaine fréquentée principalement par des enfants d'immigrés et qui les intégrait, connaissance qui semble perdue aujourd'hui où pourtant elle serait bien nécessaire...

Kritische organisaties

Parmi les associations, je ne fais confiance qu'à celles qui ont vu le jour depuis un certain nombre d'années dans le but explicite de dénoncer la destruction de l'enseignement et de réfléchir aux moyens de le redresser. Ce sont en particulier:

le GRIP
Des enseignants du primaire, du secondaire et du supérieur, ont créé l'association GRIP : Groupe de Recherche Interdisciplinaire sur les Programmes grip.ujf-grenoble.fr

Le GRIP se propose d'inverser le sens de l'évolution actuelle, qui procède de la dégradation constante des programmes et de la baisse continue du niveau des évaluations et examens, avec pour conséquence la diminution générale de l'instruction des élèves, qui se constate maintenant dans l'enseignement supérieur. Pour y parvenir, le GRIP travaille à élaborer des programmes plus denses, systématiques et cohérents dans leur progression, et des modes d'évaluation rigoureux, de sorte que les pratiques des maîtres puissent être effectivement jugés sur les résultats des élèves.
Le GRIP préconise le retour à un enseignement direct et explicite, dans lequel les notions et savoirs à transmettre sont présentés par l'enseignant lors de chaque leçon, et non "découverts" par les élèves au travers d'une pseudo recherche collective.

Projet S L E C C. Commençant comme il se doit par le primaire, fondement de l'ensemble du système d'enseignement, le GRIP a lancé le projet SLECC : SAVOIR LIRE, ECRIRE, COMPTER, CALCULER. Le projet consiste dans la création d'un réseau de classes expérimentales, selon une possibilité offerte par la Loi FILLON. (Het gaat hier dus om proeftuinscholen waarin de klassieke methodieken en leerplaninhouden van vroeger centraal staan. Ze zijn gestart op 1 september 2006).

Sauver Les Lettres (SLL) :http://www.sauv.net/

l'Association des Professeurs de Lettres (APL):http://www.aplettres.org/

Reconstruire l’école’

Bijlage

Préface au nouveau livre de J-P. Brighelli : “A bonne école” par Laurent Lafforgue (mathématicien)

Voici un nouveau livre de professeur à propos de l'école: un livre à mettre entre toutes les mains, et un livre de salut public. Est-il encore besoin d'expliquer que la situation du système éducatif dans notre pays est dramatique ? et que, quelques décennies après que ses maillons primaire et secondaire ont figuré parmi les meilleurs du monde, ils sont aujourd'hui largement ruinés ?

Nous le savons tous, il nous suffit pour cela d'interroger les enfants et les “jeunes” autour de nous, et de constater à quel point ils ont été privés d'une instruction de qualité, privés de langue, privés de culture, privés de connaissances. Ou plutôt, les seuls qui ne le savent pas sont les experts et les dirigeants de l'Éducation nationale qui, en tant que responsables de ce désastre, refusent obstinément de le reconnaître, nient l'évidence, et s'accrochent à leur pouvoir, pour ne pas devoir
répondre des conséquences de leurs actes devant la collectivité et, sans doute, devant eux-mêmes.

Combien de parents et de grands-parents s'inquiètent toujours davantage en constatant le vide prétentieux des programmes et leur déstructuration systématique ? Combien d'élèves sentent confusément et sans avoir les mots pour le penser et le dire, que l'école ne leur donne plus la riche nourriture qu'elle pourrait leur donner et qu'elle a donnée aux anciennes générations, qu'elle ne leur donne plus que du petit lait ? N'est-ce pas là d'ailleurs la cause principale du développement toujours plus dramatique de la violence à l'école, qui ne croit dans les proportions inouïes que nous lui voyons que dans la mesure où l'école a perdu son sens et sa raison d'être: instruire, transmettre des
connaissances ? Et combien de professeurs se désespèrent et se révoltent, ouvertement ou en secret, en constatant qu'année après année, on leur demande de jouer un autre rôle que celui pour lequel ils sont faits – enseigner, éveiller des jeunes esprits, les faire sortir d'eux-mêmes, les emmener dans des mondes nouveaux pour eux, difficiles d'accès mais enchantés et qui ouvrent toutes grandes les portes de la liberté de penser, de créer et d'agir : la langue des livres, la littérature, les mathématiques, les sciences de la nature, les langues classiques, les langues vivantes, tout ce qui constitue la culture, tout ce qui constitue l'homme en tant qu'être pensant ?

Mais ce que ce livre, après tant d'autres, fait apparaître de manière éclatante et dont tous les Français doivent être conscients est que le désastre de l'école n'est pas le fait des professeurs et des instituteurs. Ils sont comme les élèves les victimes des politiques de l'Éducation nationale qui ont été voulues et imposées depuis trois ou quatre décennies par les experts, par les hiérarchies cooptées parmi les militants de la nouvelle école qui se sont mises en place aussi bien dans les organes de décision officiels que dans les syndicats majoritaires.

Rien n'est plus faux par exemple que l'accusation souvent proférée contre les professeurs "de ne pas pouvoir changer". Tous les Français doivent savoir qu'au coursde ces dernières décennies au
contraire, les professeurs et les instituteurs ont dû boire le calice jusqu'à la lie et accepter des réformes inouïes qui leur étaient imposées d'en haut, par des gens qui ne tolèrent pas qu'on ose émettre le moindre doute à propos de leurs théories miribolantes et qui, particulièrement dans les IUFM (= lerarenopleidingen), ne reculent devant aucun moyen de contrainte pour distiller leur poison, brouiller l'esprit de ceux qui sont insuffisamment armés pour leur résister, et obliger les autres au silence sous peine de sanctions financières ou de non-titularisation dans l'Éducation nationale. Nous devons particulièrement nous méfier comme de la peste de ceux des hommes politiques qui, liés aux militants de la nouvelle école ou ignorants du monde des professeurs et de sa nature particulière, ont cru ou croient encore pouvoir se faire une popularité facile en dénonçant les professeurs et leur soi-disant immobilisme.

Nous ne devons plus accuser les professeurs et les instituteurs, si nous l'avons jamais fait. Que nous soyons simples citoyens, parents ou grands-parents d'élèves, étudiants, chefs d'entreprise inquiets de l'état d'ignorance, d'immaturité intellectuelle et de dépendance des jeunes diplômés comme des non-diplômés, hommes politiques soucieux de l'avenir de notre pays, intellectuels, amis de la culture et des sciences, Français ou étranger qui attendons que la civilisation française reste une civilisation de l'esprit et que tout simplement elle continue à exister pour enrichir le monde,– nous devons faire alliance avec les professeurs et les instituteurs pour sauver et redresser l'école.

Ce livre, après un bon nombre d'autres, nous permet de le faire en confiance. N'ayons pas peur de le lire et d'être ému, de laisser vibrer en nous un long écho devant ce déploiement d'une évidente et profonde vocation de professeur, devant cet humanisme en action, devant cette foi en les capacités de l'homme. Ces capacités sont présentes chez tous, chez les déseshérités exactement comme chez les autres, ne demandent qu'à être éveillées et apparaissent au grand jour quand quelques adultes
tiennent leur rôle d'adultes, sont exigeants, respectent et aiment les jeunes qui leur sont confiés, du véritable amour qui consiste à donner de fortes et solides nourritures.

Comment se fait-il que l'auteur de cette préface, qui est un catholique fervent et très intransigeant, soit autant ému par ce livre et se trouve autant d'accord sur le sujet de l'école avec son auteur, qui est manifestement athée et anti-clérical ? C'est une chose stupéfiante que lui-même ne comprend pas, mais c'est un fait. Et lui-même a pu constater ces derniers mois, en recevant des centaines et des centaines de messages de professeurs et d'instituteurs, de parents d'élèves, d'étudiants et de lycéens, de chefs d'entreprises et de responsables divers, de simples citoyens enfin, que l'attachement à l'école du savoir, de la culture et de la transmission est bien vivant en France chez les personnes les plus différentes, que la mémoire de l'instruction de grande qualité que nous avons connue n'est pas perdue et qu'elle ne demande qu'à s'investir dans la refondation de l'école. Cet attachement et cette mémoire courent identiques du catholicisme et du judaïsme à la “La Libre Pensée”, en passant par toutes les grandes familles spirituelles de la France, et il se retrouve dans toutes les sensibilités politiques, de l'extrême-gauche à l'ultra-conservatisme et jusque chez nombre de libéraux. Ceci ne signifie d'ailleurs pas que l'attachement commun à l'école des savoirs abolirait toutes les différences et toutes les divergences sur d'autres sujets, au contraire une telle école donne les moyens de la liberté, et donc elle rend possible le débat passionné des idées, elle permet de donner toute sa place à la question de la vérité qui habite l'esprit humain. L'attachement à l'école et à tout ce qu'elle transmet quand on ne la détourne pas de son rôle est un attachement à l'humain. Le combat pour l'école est un combat pour l'humain en l'homme.

Il faut souhaiter que tous les hommes politiques lisent ce livre ainsi que l'ensemble des témoignages de professeurs qui sont parus ces dernières années. Il faut souhaiter que, comme des millions de nos concitoyens dont la voix a jusqu'à présent été mal reproduite dans les médias mais qui font surface dans les réunions publiques et à travers les échanges de lettres et de courriels, ils voudront enfin prendre le taureau par les cornes pour sauver l'école et la remettre dans la bonne direction, sans illusion sur le temps long qui sera nécessaire pour voir une bonne politique porter tous ses fruits. Il faut souhaiter enfin que ce livre et les autres les amènent à comprendre que l'école ne pourra être sauvée qu'en s'appuyant sur les professeurs et les instituteurs et – si on permet à l'auteur de cette préface d'exprimer le fond de sa pensée – en confiant la responsabilité de notre système éducatif à ceux des professeurs et instituteurs qui depuis des années se sont battus pour la cause de l'instruction. Nos hommes politiques et nos responsables doivent savoir qu'il est impossible de compter sur les hiérarchies en place actuellement pour sauver l'école. La majorité de ses membres ont suffisamment prouvé qu'ils étaient ennemis de l'instruction, du savoir, de la culture, des sciences ; et même si certains étaient prêts à faire amende honorable et manifestaient de meilleures intentions, ils ne seraient plus capables intellectuellement de concevoir et de mettre en oeuvre une nouvelle politique d'instruction publique. Pour cela, il faut des professeurs et des instituteurs qui depuis des années et jusqu'à aujourd'hui ont pensé à l'instruction tous les jours, le matin, le midi, le soir et pendant la nuit, qui ont été obsédés par elle, qui se sont révoltés contre la nouvelle fonction de garderie dans laquelle on engageait leur école, et qui ont vaillamment combattu pour armer leurs élèves de maîtrise de la langue, de culture et de savoir. Ce livre doit contribuer à convaincre les hommes politiques de bonne volonté, de quelque bord qu'ils soient – la question de l'école n'est pas une question politicienne –, de confier un jour la responsabilité de l'école à ces professeurs-là.

Ceci suppose bien sûr que ces professeurs et instituteurs soient prêts à répondre à l'appel des politiques, si un jour il se produit. Donc tous les professeurs et instituteurs qui se sont engagés depuis des années dans les très nombreuses associations de défense de l'instruction doivent mener en commun une réflexion intense, dans le but d'élaborer et de proposer un plan d'ensemble de reconstruction de l'école. Ils doivent réfléchir aux nouvelles structures à mettre en place, aux programmes, aux méthodes, aux exigences, aux examens, aux filières, ... toutes les questions doivent être abordées et débattues. Ce livre participe évidemment de cette réflexion, il montre le bon chemin que les professeurs amis des savoirs doivent suivre.

Il est clair pour l'auteur de cette préface que, dans ce débat nécessaire, tous ceux qui reconnaissent l'instruction et la transmission des savoirs comme la raison d'être de l'école doivent prendre leur part, que donc toutes les associations doivent mettre de côté leurs différences (très petites au regard de ce qui les rassemble et de l'enjeu), que les associations professsionnelles beaucoup plus anciennes ainsi que les syndicats doivent également être les bienvenus dès lors qu'ils manifestent leur accord sur la priorité de l'instruction, que toutes les divergences politiques et les éventuels antagonismes de disciplines ou de corporations doivent être mis de côté, et qu'alors toutes les discussions et toutes les propositions doivent obéir à ce seul principe : la priorité absolue de l'instruction, la reconnaissance de l'instruction obligatoire de tous comme raison d'être de l'école.

Ce livre est déjà une contribution importante à cette réflexion. Il en appelle d'autres. Il participe à la nécessaire maturation des esprits, dans le grand public, chez les hommes politiques et les responsables – espérons-le – et parmi les professeurs et les instituteurs. Lisons-le avec plaisir, avec émotion, et avec notre raison.